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Cuisine de guerre 3 : les images

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Ici et , vous découvriez les livres de recettes puis les menus publiés et réalisés pendant la Grande Guerre. Une autre source sur le sujet est bien représentée à la bibliothèque, ce sont les documents iconographiques.

Les photographies

Celles-ci nous renseignent sur la vie quotidienne des soldats. Vous pouvez en découvrir plus de 1500 en lien avec la Grande Guerre et numérisées en 2014 sur notre bibliothèque numérique, à la rubrique ‘Centenaire’. Les quelques photos reproduites ici sont issues du fonds Breuil.

Maître chocolatier, collectionneur, bibliophile, numismate et amateur d’art, Jean Henri Breuil est né à Dijon le 25 juin 1889. A la déclaration de guerre en août 1914, il est étudiant en médecine. Incorporé dans le 27e régiment d’infanterie en tant que cycliste, il prendra de nombreuses photos du front regroupées au sein d’une collection de plus de 800 documents. Démobilisé en août 1919, il reprend la chocolaterie Duthu-Tixerand de son père. Deux ans après sa mort survenue en 1971, la bibliothèque recevait en legs la très riche collection de livres, d’estampes et de documents divers d’Henri Breuil parmi lesquels ses photographies de la Première Guerre mondiale.

Merci à Sébastien pour ce paragraphe, le choix de photographies et une grande partie des informations qui les accompagnent ! Sébastien a plusieurs casquettes : il est monsieur archives, monsieur numérisation et depuis l’an dernier monsieur 1914.

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1- Bouchers sur le front de Meuse, 1915. Est. 2251/527

La photo 1 représente des bouchers. En effet au début de la guerre, les troupeaux suivent les troupes au plus près de leur cantonnement. En soirée, les bouchers procèdent à l’abattage des bêtes et distribuent le lendemain les portions au cuisiniers. Jugeant ces pratiques archaïques et peu rentables, les autorités mettent bientôt en place des centres d’abattage dans la zone de l’arrière-front, à proximité des gares.

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L’apport de l’archéozoologie. Source M. Landolt

Les sources archéologiques sont aussi un apport très important sur les questions de l’alimentation réelle des soldats et des pratiques des bouchers, comme nous l’avaient montré Michaël Landolt et Franck Lesjean lors des journées Manger et boire entre 1914 et 1918.

Sur le sujet des animaux pendant la guerre (au-delà des animaux destinés à l’alimentation), je vous conseille un livre très intéressant, notamment par le point de vue original que l’auteur prend par rapport à eux : Bêtes des tranchées d’Eric Baratay.

La photo 2 rappelle l’importance du ravitaillement en eau. La soif est en effet une des angoisses du combattant. Dans les tranchées, l’eau est un bien précieux. Conditionnée dans de gros bidons à essence ‘désinfectés’, elle est acheminée par des ravitailleurs qui s’exposent à de nombreux périls : la boue, les bombardements et le risque de se perdre et de ne jamais revenir. La figure du ravitailleur est d’ailleurs éminemment populaire auprès des poilus, d’autant qu’il apporte aussi courrier et colis.

2-Ravitaillement en eau sur le front, 1916. Est. 2251/655

2-Ravitaillement en eau sur le front, 1916. Est. 2251/655

Pour illustrer ce thème, je vous propose un extrait des mémoires de Louis Barthas ; il raconte une nuit d’attente (page 51) :

A la pointe du jour le ravitailleur ne put nous servir le jus si impatiemment attendu : il s’était gelé dans le bidon en chemin. Et pour comble la soif nous torturait en dépit des cataractes d’eau tombant du ciel. C’est qu’encore en ce moment le pinard ne figurait pas au menu du poilu, il fallait se contenter du quart de jus apporté le matin, insuffisant pour étancher la soif provoquée par une alimentation sèche, épicée, et par l’espèce de fièvre “de la tranchée” que nous subissions tous.

[…] Avec l’ami Courtade nous convînmes qu’il fallait à tout prix nous procurer un liquide quelconque pour calmer notre soif insupportable.

Nous n’avions pour cela que quelques pas à faire pour aller au ruisseau qui coupait notre tranchée, mais à la seule pensée du contact de nos lèvres à cette eau un horrible dégoût nous envahissait, contractait notre cœur.

Qu’on ne pense pas que ce soit la répugnance de boire de l’eau sale, limoneuse, non certes nous n’étions pas regardants à ce point mais le premier jour nous avions vu le long du ruisseau des cadavres allemands et français et maintenant l’eau les baignait, les assiégeait, les roulait lentement à travers les ajoncs, les roseaux de la rive.

Si je ne me contente pas de vous faire découvrir les images de la bibliothèque et que je passe par les objets archéologiques, les témoignages… c’est pour vous monter la complémentarité des sources et l’intérêt de leur croisement.

Ravin des cuisines du 27e RI au Bois-Brûlé, 1916. Ets. 2251/587

3- Ravin des cuisines du 27e RI au Bois-Brûlé, 1916. Ets. 2251/587

La photo 3 montre une cuisine en plein air du front.

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4- Déjeuner. Est. 2251/230

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5- Soldat portant des miches de pain. Est. 2251/492

La 4e photo est la mémoire d’un déjeuner dans un poste de secours au Bois d’Ailly dans la Meuse en 1915, nous rappelant que le repas est un moment privilégié qui apporte réconfort, repos mais qui consolide aussi les liens entre les hommes et les ramène à une vie normalisée s’ils peuvent manger sur une table, des plats chauds, en sécurité.

La dernière photo est prise devant une gare régulatrice en septembre 1915 où des soldats portent leur miche de pain : ils ont droit à un “pain de munition”, gros pain rond de 1.5 kg représentant la ration pour deux jours. La production est prise en charge par l’armée qui installe des boulangeries de campagne dans les principaux centres de concentration militaire comme les gares de régulation. Sir le pain, voir aussi une chronique publiée l’an dernier dans le Bien publicchronique sur le pain

Les affiches

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Nous conservons d’autres types de documents iconographies dont les affiches ne sont pas les moins intéressantes ! Elles renseignent en particulier sur la législation et sur la propagande développée.

Economisons-le-pain-compresséVoici quelques exemples sur les efforts de rationnement à mener.

Ci-dessus, une affiche qui joue sur la corde sensible de la comparaison entre les nations et leurs capacités à se mobiliser.

Ci-contre un exemple d’affiche réalisée dans le cadre du Comité national du prévoyance et d’économies, à l’occasion d’un concours dans les écoles : cette affiche sensibilisant à l’économie du pain a été réalisée par Yvonne Vernet, élève à l’école communale de l’avenue Daumesnil à Paris.

Il en existe bien d’autres.

taxe-pain-compresséarrêté-alcool-compresséQuant à la législation, en voici deux témoins : un arrêté du maire de Dijon relatif à la taxation du pain le 20 avril 1915 et un arrêté du commandant de la 8e Région territoriale interdisant la vente de l’alcool aux militaires le 25 juillet 1915. En effet, le pain étant un aliment essentiel, sa fabrication et sa commercialisation sont dûment réglementés par les autorités afin, notamment, que son prix n’augmente que peu. Quant aux rapports des soldats et de l’alcool, nous avons déjà abordé la question ici et .

L’illustration

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La Soupe. Prime gratuite du Petit Journal. BM Dijon, non coté

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L. Jonas. La bonne marraine. BM Dijon, non coté

Certains documents sont plus illustratifs comme cette scène où un soldat, dans son uniforme d’avant 1915, mange sa soupe dans une gamelle ou cette autre où un poilu est accueilli chez sa marraine, cette dernière comportant une part d’incitation à soutenir les soldats.

La première est une affiche distribuée avec Le Petit Journal, de date inconnue (elle a d’ailleurs peut-être été publiée avant guerre) ; le peintre est Paul Grolleron (1848-1901), peintre d’histoire et de sujets militaires notamment.

La seconde, supplément d’un périodique elle-aussi, a été réalisée par Lucien Jonas (1880-1947), peintre d’histoire, de sujets religieux, illustrateur, graveur… à qui la guerre a inspiré des compositions.

Enfin on trouve bien sûr beaucoup d’images dans la presse mais nous ne développerons pas ce sujet ! Je livre juste à votre réflexion cette image tirée de L’Illustration en 1915, magnifique exemple de propagande avec ces prisonniers heureux de manger le bon pain français !

Illustration

L’Illustration, 13 mars 1915

 

Illustration-détail

Quelles mines réjouies…

Caroline

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2 Responses

  1. Sébastien 23 mars 2015 / 13 h 59 min

    Bravo Caroline pour cette sympathique visite dans les collections 14-18 !

    • Happy Apicius Happy Apicius 23 mars 2015 / 14 h 06 min

      Merci cher collège ; tout le plaisir était pour moi !
      Caroline

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