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Douceur noire : les recettes du roman policier

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Le sang de l hermine

Une pincée de mystère, un zeste de gourmandise, voilà la recette à succès de bien des romans policiers contemporains, et ce n’est pas nous qui allons nous en plaindre ! Le polar gourmand est à la mode, et nos lecteurs ont pu en découvrir quelques-uns lors de la pause lecture du 19 décembre à la Nef. Une simple mise en bouche, qui nous l’espérons vous ouvrira l’appétit pour continuer à dévorer ces noirceurs culinaires.

Imagination et histoire, fictions et documentaires sont étroitement mêlés dans les interventions de nos collègues Katia, Martine, Valérie et Marie-Hélène. L’une de nos plus fidèles lectrices, Anne-Marie, a bien voulu partager avec l’assemblée son goût du polar allemand, avec des auteurs comme Veit Heinichen, Volker Kutscher et Andrea Maria Schenkel. Je la laisserai préciser en commentaire si elle y a croisé des histoires gourmandes, puisque je sais qu’elle nous suit ici aussi !

Anne Martinetti*, auteure bien connue des adeptes du genre, est décidément une gourmande. Ses monographies nous racontent aussi bien l’aventure des éditions du Masque que la vie et l’oeuvre les recettes d’Agatha Christe ! 3 de ses ouvrages ont été présentés.

Crèmes et châtiments, recettes délicieuses d’Agatha Christie, écrit en collaboration avec François Rivière, nous fait voyager avec les personnages de la grande dame du noir de Torquay à Greenway. L’occasion aussi de découvrir la cuisine anglaise, loin des suspicions dont elle est trop souvent l’objet. On retrouve la steak & kidney pie du déjeuner à l’auberge d’Hercule Poirot**, servie à nos petits moldus lors du banquet Harry Potter, le lemon cheese cake,  le Christmas pudding bien sûr, ou les scones du tea time chez Miss Marple.

Agatha Christie

Ma recette préférée ? La mort exquise, gâteau au chocolat agrémenté de Cointreau (que cognac, rhum ou Grand Marnier peuvent remplacer pour varier les plaisirs) et de crème anglaise. Le résultat obtenu connaît toujours un franc succès, et la révélation du nom de la recette (après dégustation bien sûr) ne manque jamais de faire apparaître un léger doute dans les yeux des convives !

Sur le même principe, et dédié à un autre héros aussi incontournable que très anglais, Alimentaire, mon cher Watson ! Si le célèbre détective ne cuisine guère, il ne dédaigne pas les bonnes tables, et les recettes ne manquent pas dans cet ouvrage élaboré en collaboration avec la Société Sherlock Holmes de France : confitures et scottish biscuits de Mrs Hudson (qui n’est pas la gouvernante de Sherlock, n’est-ce-pas), omelette et bacon du petit déjeuner au 221B Baker Street, rôti de bœuf et yorkshire pudding du célèbre club d’échecs Simpson-in-the-Strand***

Conan Doyle

Ici aussi, les extraits des romans s’invitent entre les recettes et les photographies de Philippe Asset, et on retrouve avec bonheur les douces remarques du grand détective anglais :

« Diantre ! mon cher ami, il est bientôt 9 heures, et la logeuse a parlé de petits pois à 7 heures et demie. Entre votre éternel tabac, Watson, et l’irrégularité de vos habitudes alimentaires, je m’attends à ce qu’on vous demande de quitter les lieux, et à devoir vous accompagner dans votre déchéance. »

Dans Faim de séries, Anne Martinetti nous régale avec le chapitre « Meurtres aux fourneaux », où l’on apprend que la drôle de dame Jill Monroe a toujours faim, mange des plats chinois dans la V.O. mais de la… brandade de morue en français, que leurs penchants alimentaires radicalement différents opposent Starsky (adepte de la pizza et du hamburger) et Hutch (préférant les produits diététiques), et que dans Les Experts, les aliments servent surtout à… reconstituer des scènes de crime !

Nombreux sont les auteur-e-s de polars qui mettent la gourmandise en avant dans leurs séries. Certains invitent leurs lecteurs à la table de leurs héros, à travers des livres de recettes dédiés. C’est le cas de Patricia Cornwell, qui publie avec Marlen Brown Crimes et délices : la cuisine de Kay Scarpetta. Les recettes sont présentées par chapitres (titres de romans) et dans un index « à la carte ». L’auteure avoue s’inspirer de sa propre expérience de la cuisine pour son héroïne.

« Lorsque je fais la cuisine pour recevoir des amis ou des parents, et même de temps en temps quand je cuisine quelque chose de spécial rien que pour moi, j’essaie de répondre à une double faim : celle du corps et celle de l’esprit.  […]  Lorsque j’ai inventé le personnage de Kay Scarpetta, c’était pour moi un choix logique et naturel de lui faire aimer la cuisine. »

recettes séries

Camilla Läckberg vous reçoit à sa table en s’associant avec le chef Christian Hellberg, qui a grandit comme elle à Fjällbacka, petit port de pêche suédois. La gastronomie et les traditions suédoises sont mises à l’honneur par l’auteure de Cyanure.

Jean-François Parot s’associe de son côté à Marion Godfroy, spécialiste du 18e siècle et passionnée de gastronomie. A la table de Nicolas Le Floch met la gastronomie française du siècle à l’honneur, et l’on y retrouve les recettes de l’emblématique enquêteur. Ou du moins les recettes qu’il déguste, préparées par Catherine, puis par Awa, Semacgus ou madame Bourdeau, ou encore par Marion, la cuisinière de M. de Noblecourt. Ces personnages sont présentés plus en détails, et les explications sur l’histoire de la cuisine et les coutumes de l’époque abondent. Par ailleurs, une page est dédiée aux plaisirs de la table sur le site de l’auteur.

« Voici qu’à nouveau le réalisme de l’histoire se mêle à l’imaginaire du roman et qu’un regard pertinent et chaleureux d’historienne se porte sur la table de Nicolas Le Floch. […] Il fallait pouvoir lui donner chair, et comment mieux le faire qu’en l’inscrivant dans ses habitudes de table. La réalité, disons l’épaisseur charnelle, des personnages romanesques tient pour une large part au menu… »

Les 2 séries de polars historico-gourmands de Michèle Barrière étaient bien sûr au menu. Vous pouvez retrouver le premier article sur son oeuvre par Caroline sur Happy Apicius. D’autres articles sont à venir, toujours riches en intrigues et en livres de cuisine anciens !

Un cadavre en toqueUn cadavre en toque, titre de la collection Crimes gourmands, met en scène un chef étoilé assassiné, une journaliste culinaire et son photographe qui n’ont pas froid aux yeux. Le roman entraîne son lecteur dans le monde de la haute gastronomie et une intrigue ficelée comme un gigot. Les auteur-e-s, Vanessa Barrot et Noël Balen, sont respectivement avocate et musicien, et ont en commun un goût prononcé pour les plaisirs de la table et les mystères. On attend avec impatience le livre de recettes de la collection !

Polars et gourmandise étaient mis à l’honneur pour terminer ce menu littéraire de l’année 2015. Une surprise attendait nos participants le 19 décembre, histoire de terminer en beauté : un spectacle littéraire et gourmand mis en scène et présenté par la compagnie Délices de scène. Une expérience merveilleuse, tout en rires et en interrogations, qui sera prochainement l’objet d’un article dédié.

Marie

* sous le pseudonyme d’Anne Beddingfeld, Anne Martinetti est l’auteure d’une série policière mettant en scène une cuisinière intrépide au tournant des 19e et 20e siècles

** dans son aventure intitulée Les travaux d’Hercule

*** aujourd’hui célèbre restaurant londonien (je veux y aller !)

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5 Responses

  1. Irene Adler 23 juin 2016 / 13 h 53 min

    Je confirme, Sherlock est un bon vivant !

    • John Watson 23 juin 2016 / 14 h 00 min

      Oui mais il conserve quand même des yeux dans le frigo…

  2. anne 23 juin 2016 / 19 h 47 min

    Et j’adore Sherlock!

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