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Art et nourriture, selon Juliette Miséréré

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Ici, je vous relatais notre soirée désorientante !

Juste avant la dégustation, Juliette Miséréré nous présentait une conférence… décoiffante sur les rapports entre art et nourriture. Voici ce qu’elle nous en dit, en exclusivité pour Happy Apicius :

La nourriture est une grande question existentielle qui sera toujours d’actualité. Et je pense que l’art est le meilleur moyen de retranscrire les évolutions de la nourriture dans nos sociétés. De la préhistoire au travers des grottes avec les peintures rupestres, en passant par la Rome antique avec des fresques murales, les natures mortes étaient très présentes. « Elles sont l’expression de formes de vie, de mode de pensée et d’une suite de mouvements historico-culturels. C’est dans la représentation picturale d’aliments et de boissons que transparaît le mieux le lien existant entre l’art et la vie, la beauté et l’utilité, le désir et la réalité. » (tiré de la préface de L’art gourmand)

Mais elles n’ont pas toujours été à la mode, elles disparaissent au Moyen-Age au profit des œuvres religieuses. Reviennent aux 15e siècle grâce au mouvement humaniste puis redisparaissent durant le siècle qui suit la Révolution Française. L’art permet aux historiens et ethnologues de repérer des informations importantes sur différents aliments, par la fréquence de leurs représentations, de leurs permanences, et de leurs disparitions dans les natures mortes. Plus les sociétés vont évoluer vers l’industrie mondiale et la surconsommation, plus les artistes vont se réintéresser au sujet de la nourriture. Plus l’être humain consommera sans valeur affective ou symbolique, plus l’art se fera critique de ses attitudes. Surtout après la Deuxième Guerre mondiale.
Il y a une profonde métamorphose, celle de la conquête par les artistes de l’utilisation de la nourriture elle-même comme matériau de la création. Les artistes ne cherchent plus à sublimer la nourriture au travers de peintures très réalistes. Ils interrogent l’époque sur ses défauts et non sur sa richesse. On peut classer les artistes contemporains en quatre grandes catégories : Matériaux, Thème, Rituel du repas, Nature morte.

  • Les « Matériaux » sont les artistes qui ne s’intéressent qu’à l’aspect organique et la nature de ces objets. Ils n’intègrent pas l’aspect consommable.
Blazy

Michel Blazy, détail de l’exposition Post Patman, Palais de Tolyo, 2007. L’artiste crée une oeuvre éphémère en matières organiques que les mutations et dégradations font évoluer : il sollicite tous les sens , vue, odorat et même ouïe quand les insectes se mettent à voleter…  Cette oeuvre est faite de coton, farine et colle.

 

  • Pour le « Thème » ce sont les artistes qui veulent critiquer, dénoncer, montrer les déviances de notre société de consommation.
Lady gaga dress meat

Lady Gaga en robe de viande, inspirée par l’artiste Jana Sterback et son oeuvre Beefsteack, entre répugnance et séduction…

 

  • Actuellement il y a aussi des artistes qui font référence aux natures mortes et aux vanités, comme métaphore de la vie au travers de la nourriture.
Vincent Olinet 36 gâteaux

Vincent Olinet, série 36 gâteaux. Ses sculptures sont de véritables natures mortes, exprimant la marche du temps et le déclin inévitable…

 

  • Et le dernier, le rituel du repas, rassemble les artistes du Eat art et du Fluxus. Ils s’intéressent au périssable, à la vie quotidienne. Et font resurgir toutes les questions intéressantes qui mettent en doute la valeur de l’éternité, les transformations de l’art, l’art considéré comme bien de consommation.
D Spoerri Déjeuner sous l'herbe

Daniel Spoerri, image du Déjeuner sous l’herbe, 1983. Performance inspirée du Déjeuner sur l’herbe de Manet : les restes d’un repas sont fixés sur les plateaux des tables puis enterrés pour être déterrés 27 ans plus tard, dans une approche ethnologique.

 

Maintenant la nourriture est moins importante que sa célébration. Tout est sublimé et maîtrisé, il n’y a plus de faim existentielle, de besoin d’amour. Quelle que soit sa finalité, œuvre d’art, plat, dessert, la nourriture nous transmet des informations, qui sont liées à l’environnement, à l’époque et aux mœurs.

Quand on l’interroge sur son travail, Juliette Miséréré poursuit :

Les objets, nourriture, lieux et architectures qui provoquent une croyance chez l’être humain, sont la base de ma réflexion artistique. Comme l’explique les psychologues, les philosophes et les ethnologues, l’être humain ne peut vivre sans croire à quelque chose. Malédictions, légendes, contes, rumeurs et stéréotypes sur ces sujets me permettent de travailler des thèmes importants comme la mémoire, l’entropie, le fantasme et la domesticité.

Je pratique des réinterprétations psychologiques et oniriques de ces objets, nourriture, lieux et architectures. J’aborde la domesticité, la détruit, la détourne par mes projets. Tout au long de mes recherches, je m’empare de codes et d’idées issues de l’inconscient collectif ou de la mémoire collective pour finalement les faire se confronter dans des contre-sens formels. J’essaie de faire ressortir par les logiques de notre inconscient la psychologie humaine. J’utilise les représentations habituelles, les codes traditionnels, et les transporte vers un monde irréel.

La conférence se terminait par la projection d’un extrait de sa vidéo Eating House réalisée en 2012 à l’ENSA. A voir ici :

« Le glouton moderne est un boulimique. Il consomme jusqu’à saturer. Il manifeste ainsi son absence d’autonomie et son peu de résistance aux frustrations inhérentes à l’existence. Comme la disparition ou la destruction des choses qui nous rassurent. La maison fait partie de ces choses. »
Comme le conte de Hansel et Gretel je montre l’assouvissement d’envies primitives par le péché de la gourmandise. Et confronte le spectateur à la destruction de l’image de sécurité : la maison.

Caroline

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