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Romans chocolatés

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mafia chocolatImaginez un monde où le chocolat serait interdit… Oui, moi aussi j’ai hurlé de peur à cette horrible perspective. Remis de vos émotions ? Pas de panique, ce n’est pas une réalité, mais le point de départ du roman dystopique La mafia du chocolat, et sa suite La fille du parrain, de Gabrielle Zevin. Dans le monde d’Anya, notre héroïne de 16 ans, chocolat et caféine sont considérés comme des drogues et à ce titre interdits. Nous sommes en 2083, les États-Unis vivent une nouvelle période de prohibition, et les cafés clandestins ne vendent plus du scotch mais des tablettes à 90%. L’eau est rationnée et le taux de sécurité au plus bas.

Être la fille du parrain dans ces conditions, une aubaine ? Sauf qu’Anya préfèrerait vivre sa vie d’adolescente, passer du temps avec ses proches et éviter tranquillement son ex-petit ami Gable… Mais ça, c’était avant que celui-ci ne tombe malade après avoir mangé le « Balanchine extra-noir » familial, qu’elle soit accusée de l’avoir empoisonné, et se retrouve obligée de reprendre en main les affaires.

« L’après-midi, Theo m’a emmenée faire le tour de l’exploitation. Il m’a montré les immenses serres où poussaient les jeunes plants de cacao, ainsi que les bâtiments à ciel ouvert où étaient stockées les boîtes en bois qui contiendraient ensuite les fèves en fermentation et, du côté le plus ensoleillé de la plantation, les esplanades où séchaient les fèves avant d’être vendues. En dernier, nous nous sommes rendus dans les champs. »

la-fille-du-parrainDe New York au Mexique, Anya nous transporte dans son monde futuriste mais familier, nous raconte comment on cultive et récolte le cacao, et nous fait réfléchir sur l’alimentation et les questions qu’elle pose dans nos sociétés contemporaines, dans une réflexion plus globale sur la répartition des ressources. En effet, si la série de Gabrielle Zevin s’adresse aux adolescents, évoquant les premiers émois amoureux, la vie au lycée, le deuil et le poids de l’héritage familial avec une subtilité et une intelligence somme toute assez rares, elle est avant tout un roman d’aventures, avec une héroïne qui a de l’humour et pas froid aux yeux.

Un roman dont j’ai eu envie de discuter avec Charlotte Millet, qui m’a invitée à parler chocolat dans son émission « On cuisine ensemble » sur France Bleu Bourgogne ce dimanche 3 juillet. A (ré)écouter en podcast sur leur site ! D’avance merci pour votre indulgence, ceci est ma première radio… Du coup, j’en ai profité pour concocter cette chronique, que vous pouvez retrouver, avec de nombreuses autres sélections et coups de cœur des médiathécaires, dans notre Escale ados.

desir de chocolatSi vous avez encore faim après cette lecture gourmande, entamez Désir de chocolat, de Care Santos, évoqué lui aussi pendant l’émission.

On ne voyage plus ici dans le futur mais dans le passé, avec 3 histoires qui se déroulent à 3 époques différentes, 3 histoires de femmes liées par une mystérieuse chocolatière… En porcelaine, elle porte le nom de Madame Adélaïde de France, date du 18e siècle, et contient très exactement 3 tasses… Passant à travers les mains de Sara, Candida et Mariana, qui toutes s’interrogent sur l’histoire de ce bel objet marqué au fil du temps et de l’usage, elle est le symbole de l’évolution des arts de la table comme de la transmission culinaire et culturelle. Initiant son périple par le présent, pour mieux nous faire partager la curiosité de ses héroïnes, l’auteure nous transporte de la Barcelone contemporaine à la cour de France. Cet étrange et précieux objet semble choisir ses propriétaires, toutes liées au monde du chocolat.

Propriétaire d’une boutique de chocolat, Sara est fascinée depuis ses jeunes années par Oriol, qui recherche l’audace en tout, y compris dans ses créations chocolatées, mais épouse Max, scientifique gourmand mais plus rationnel. Elle met en scène sa vie amoureuse, prépare minutieusement un repas de retrouvailles, et sera la première surprise du résultat.

« Dans les objets vivent des histoires et des voix qui les racontent, avait énoncé Sara des années auparavant. Parfois quand je touche la chocolatière de porcelaine blanche, il me semble que je peux les écouter. Elles sont nombreuses, ces voix ? avait demandé Max. Assez, oui, c’est un objet très ancien, tu le vois bien, passé entre de nombreuses mains. »

Candida vit, par son mari et avant lui par son père, dans le monde de l’industrie chocolatière. Avec eux, c’est tout le développement des machines et des procédés industriels qui nous est conté. Tout en partageant avec sa servante Aurora le chocolat que celle-ci lui a préparé, Candida chérit d’autres rêves.

Mariana est l’épouse d’un chocolatier. Si celui-ci lui a tout transmis, y compris le maniement de la merveilleuse machine qu’il a inventée, elle n’a pas le droit, en tant que femme, de créer et vendre son propre chocolat… Elle décide donc de cacher sa mort, afin de pouvoir continuer à faire tourner la boutique et vivre de ce qu’elle aime. A travers les combats et les aspirations de ces 3 femmes, c’est l’histoire du chocolat et de sa production qui nous est contée avec talent et émotion par Care Santos.

heartbroken_chocolatierSohta est fou amoureux de Saeko, jeune femme populaire mais volage. Quand il croit l’avoir enfin séduite, celle-ci rompt sans explications. Déterminé à la reconquérir, Saeko décide de tout miser sur le chocolat, la grande passion de Saeko. Il s’envole pour Paris, où il devient apprenti à « L’atelier du bonheur », boutique réputée s’il en est, pour devenir un grand chocolatier et séduire enfin l’élue de son cœur.

Scan_20160708_171612Vous l’aurez compris, Heartbroken Chocolatier est un shojo ! une histoire d’amour tout en rose, mais qui a le mérite de nous faire entrer dans les coulisses des chocolatiers, avec leurs doutes, leurs processus de création comme de remise en question, les relations professionnelles et les rivalités…

Si on aime détester Saeko, qui apparaît bien vite comme superficielle, on s’attache aux personnages qui gravitent autour du héros et de sa boutique Choco la Vie, et on vit avec plaisir au rythme des fêtes japonaises et de leurs plaisirs chocolatés.

Photo ci-dessus : les éclairs de Choco la Vie par Lucie Beluga dans Cuisine kawaï : les recettes Japan friendly d’une sweet lolita à Paris, illustré par les photographies de Claire Curt, publié aux éditions Tana en 2011.

Vous avez lu ces romans ? Vous en connaissez d’autres où le chocolat apparaît comme le véritable héros ? Faites-nous part de votre avis dans les commentaires !

Marie

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4 Responses

  1. Caroline Rives 16 juillet 2016 / 6 h 55 min

    On pourrait citer aussi « Chocolat amer : roman-feuilleton où l’on trouvera des recettes, des histoires d’amour et des remèdes de bonne femme », de Laura Esquivel, chez Gallimard : saveurs mexicaines et réalisme magique. Délicieux.

    • Happy Apicius Happy Apicius 19 juillet 2016 / 8 h 29 min

      Oui tout à fait, merci Caroline ! Il est dans le fonds gourmand et en prêt à la bibliothèque de la Maladière, je vais m’empresser d’aller le lire !
      Marie

  2. Anne-Lise 29 juillet 2016 / 17 h 11 min

    Merci pour tes conseils Marie ! Je suis en pleine lecture de « Désir de chocolat », parfait pour l’été !
    Et côté film, je conseille de (re)voir « Le Chocolat », avec Juliette Binoche : sublime ! (Bonus : le film se déroule dans la cité médiévale bourguignonne de Flavigny-sur-Ozerain !)

    • Happy Apicius Happy Apicius 2 août 2016 / 9 h 05 min

      Coucou Anne-Lise, heureuse d’avoir pu être utile, j’espère que ce roman te plaira !
      Je n’ai jamais vu le film Chocolat (c’est un comble…), depuis le temps que je me dis qu’il faut combler cette lacune ! On a à la bibliothèque un livret du tournage à Flavigny, si tu veux y jeter un œil à l’occasion.
      Bonnes vacances, et à bientôt.

      Marie

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