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Du vin, oui, mais dijonnais !

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Avec la numérisation des plaques de verres de Louis Venot, la bibliothèque met en ligne des photographies bourguignonnes. Parmi ces vues, une partie est parue en cartes postales, l’autre partie est inédite. Si on s’intéresse au vin, on se réjouira d’y découvrir quelques images documentant le terroir viticole bourguignon.

Si vous voulez savoir, par exemple, à quoi ressemblait le vigne « en foule » – du moins je pense qu’il s’agit de vigne en foule étant donné l’impression de désordre de la plantation-, voici une vue de vendangeurs à Brochon.

Vendangeurs à Brochon

Le phylloxéra et la nécessité de traiter la vigne a fait disparaître ce mode de plantation plus ou moins aléatoire et sans palissage au profit de plants alignés au cordeau. Comme vous le constatez, les ceps plantés en foule sont hauts et buissonnants . La crise du phylloxera intervient à la fin du 19e siècle mais la replantation se fait progressivement fin 19e et début 20e siècle.

Pressoir des Ducs de Bourgogne à Chenôve

Cette autre image montrant l’un des fameux pressoirs des Ducs de Bourgogne en fonctionnement est assez édifiante, nous aimerions partager un petit canon avec les buveurs au bas de l’image afin d’observer de plus près le déroulement des opérations.

Vue de Talant

Ces vues de Talant au tout début du 20e siècle nous montrent des vignes aujourd’hui disparues. Aux confins de Dijon, les plants engloutis par l’urbanisation, entre autres causes, sont légions. Nous approchons là du cœur de notre article, lequel vous propose une vue partielle de l’ancien Dijon viticole à travers nos images mises en ligne.

Vue de Talant

Les photographies de Venot attestent en effet de la présence de la vigne à Dijon et aux alentours fin 19e-début 20ème siècle, continuons donc à les parcourir et redécouvrons par la même occasion certaines Images dijonnaises.

Larrey, les Champs perdrix, les Perrières… sont autant de lieux-dits en vignes aujourd’hui disparus. La première évocation de vin à Dijon date du 6e siècle, lorsque Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs (1) mentionne la présence de vignes au pied du castrum. Ces prémices se traduiront ensuite par un développement de la production. Se doute-t-on que les vignerons représentent presque un tiers des travailleurs de la ville de Dijon dans la seconde moitié du 15e siècle ? (2). Les inventaires après décès de la fin du Moyen-âge nous apprennent également qu’un tiers des foyers dijonnais possède du vin et que l’on trouve ce breuvage dans toutes les couches de la population (3).

Au Moyen-âge puis à l’époque moderne, avec le transfert des propriétés viticoles des établissements ecclésiastiques vers la bourgeoisie dijonnaise, la ville bâtit un patrimoine lié au vin. Il en reste aujourd’hui des traces.

Si le cellier de Clairvaux est bien connu des dijonnais, celui du Morimond l’est moins : on peut en voir encore un bâtiment presque attenant à la place Émile Zola.

Le petit Morimont

D’autres lieux demeurent emprunts de la tradition viticole de l’époque. Longtemps la corporation des vigniers (sortes de gardes champêtres des vignes) se renouvelle le jour de la Saint-Laurent devant l’église Saint-Philibert et c’est aussi le lieu d’embauche des vendangeurs. (4)

Église Saint-Philibert

Église Saint-Jean

 

La place Saint-Jean, quant à elle, voit les transactions sur le vin se réaliser. Il s’agit de « l’étape » ou marché aux vins. (4)

Nous pourrions encore évoquer le Palais des Ducs (5) dont l’échansonnerie, les caves et le cellier occupent alors une grande partie des deux premiers niveaux , mais aussi les rues où se trouvent les tavernes, les cuveries des hôtels particuliers (6)…

Faisons désormais un bond dans le temps et relevons qu’au début du 20 e siècle le riche passé de la ville n’est pas tout à fait aboli. Fin 19e siècle, la ville compte encore 1200 hectares de vignes.

Constatons tout d’abord que les édifices religieux entretiennent encore un lien prégnant avec la vigne. Ainsi en est-il du couvent de la Providence et de l’église Sainte-Chantal, construits tous deux au 19e s. et entourés de plans. Les derniers ceps qui entourent la Providence sont arrachés en 1976.

Couvent de la Providence

Église Sainte-Chantal

Regardons aussi ces différentes vues qui parlent d’elles-mêmes.

Vue de Dijon prise de Montchapet

Vue de Dijon prise de Talant

Enfin, une dernière information non dénuée d’importance pour tout dijonnais qui se respecte : Jean-François Bazin nous indique dans son Tout Dijon (7) que le célèbre « ban bourguignon » fut bien inventé à Dijon ! Ce serait au n°6 de la rue Jacques Cellerier (dommage, nous n’avons pas de photos), occupé alors par l’épicerie-buvette de l’épouse du sculpteur Paul Gascq, que les membres de la commune libre de Montchapet auraient levé les bras et entonné les tralala-lalaires pour la première fois, aidés sans doutes par la consommation moyennement modérée du breuvage local.

Aujourd’hui, que ce soit à travers ces images, à travers les noms de quartiers ou de rues, les traces du bâti, la littérature ou même la moutarde faite à partir de « verjus » (suc de raisin), les témoignages de la présence du vin dans Dijon demeurent. Quelques vignes produisent encore au clos des Marcs d’Or. Au-delà de ces traces, on assiste à un renouveau de la viticulture dijonnaise puisque plusieurs terres vont être investies ou réinvesties. Après le domaine de la Cras, de nouveaux climats tels Rente Giron (7) naissent.

Bientôt peut-être l’appellation « Dijon » apparaîtra-t-elle sur les tables dijonnaises. Alors nous pourrons probablement vivre aussi longtemps qu’Alexis Piron, dijonnais célèbre. En effet, Jean-Robert Pitte nous explique, dans son Dictionnaire amoureux de la Bourgogne (8), que « Piron, jusqu ‘à sa mort, aura besoin chaque jour de deux bouteilles de vin de son pays, » et que cela « démontre la sagesse de la posologie puisqu’il a vécu quatre-vingt-quatre ans ».

En guise de conclusion, un extrait de la hairangue de vaigneron de dijon (9) par le père d’Alexis Piron, Aimé Piron :

«  n’aivon no pa bonne pidance, force pio en ébondance, du blan, du rouge, du clairai, du vieu, du novea, du rapai, qui petille dan lé gôbelle, comme é chan son lé sauterelle ?… »

A votre santé !

Nathalie

1 Deyts, Simone. Vigne et vin autour de Dijon à l’époque du Castrum. Dans Bulletin de liaison / Association pour le renouveau du Vieux-Dijon. n° 14, 1995

2 Sous la direction de Jean-Pierre Garcia. Les climats du vignoble de Bourgogne comme patrimoine mondial de l’humanité – Dijon : Ed. universitaires de Dijon, 2011

3 Piponnier, Françoise. Recherches sur la consommation alimentaire en Bourgogne au 14e siècle – p. 65-111 dans Annales de Bourgogne : t. 46, 1974

4 Sous la direction de Jean-Pierre Garcia et Jacky Rigaux. Vignes et vins du Dijonnois : oubli et renaissance – Clemencey – Terre en vues, impr. 2012.

5 Surveillance archéologique du palais des Ducs de Bourgogne à Dijon du Laboratoire Archéologie, Terre, Histoire et Socités (ArTeHis UMR 6298) de l’Université de Bourgogne sur le site http://www.artehis-cnrs.fr

6 Botté, Agnès. Les hôtels particuliers de Dijon au XVIIe siècle – [Paris] : Picard, 2015.

7 Bazin, Jean-François. Le Tout Dijon – Dijon – Cléa Micro-édition, 2003

8 Rigaux, Jacquy. Le réveil de la Côte dijonnaise. Clemencey – Terre en vues, 2016

9 Pitte, Jean-Robert. Dictionnaire amoureux de la Bourgogne – Paris : Plon, 2015

10 Piron, Aimé. Hairangue dé vaigneron de Dijon, ai Son Altesse Serenissime Monseigneu le Duc. – Ai Dijon, chez Antone de Fay imprimou & libéraire, vé le Palai, ai lai Bone-Foa. M. DCCXII. : 1712

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2 Responses

  1. José 14 août 2017 / 18 h 16 min

    Bonjour,
    Je crois (je suis même certain) que la photo « Vue de Dijon prise de Montchapet » est à l’envers.
    Mais sinon, très beau témoignage photographique.
    Bravo pour cet apport visuel qui nous fait regretter le bétonnage des abords de la ville….

    • Happy Apicius Happy Apicius 23 août 2017 / 14 h 37 min

      Bonjour José. Bien vu… c’est un négatif ! A bientôt, Caroline

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